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    Du Krak des Chevaliers au Saint-Sépulcre. Sur les traces des croisés de Jérusalem  
    Marie-Blanche d'Arneville - Historia - 2004-10-25      
    Puissantes sentinelles dans les déserts arides du Proche-Orient, les forteresses édifiées par les croisés font alors l'admiration des Sarrasins. Elles servent de garnisons aux chevaliers ou de refuges aux chrétiens qui se rendent à Jérusalem prier dans les Lieux saints, et témoignent encore aujourd'hui de cette présence occidentale en terre d'Islam. A Jérusalem, la ville sainte des trois grandes religions monothéistes, le Saint-Sépulcre et le mont des Oliviers continuent à recevoir les pèlerins du monde entier.  
pour mémoire  
David s'empare de Jérusalem en l'an 1000 avant Jésus-Christ.
Nabuchodonosor incendie la ville en 587 avant Jésus-Christ.
Vers 135, la ville est rasée par l'empereur romain Hadrien.
De 1260 à 1517, la ville est aux mains des Mamelouks.
 
    Planté sur un roc inébranlable, il s'élève sur un tertre inexpugnable, son sol tient au ciel, dépasse les Gémeaux […] Pénétrant dans les ravins, ses fortifications escaladent la montagne, étalent leurs murs dans les nuages. Trempé de brouillard, inséparable des nuées. Personne ne peut aspirer à y monter. C'est un château des Templiers, le carquois de leurs flèches. Cette description très vivante, très orientale, faite par un compagnon d'armes de Saladin de la forteresse de Baghras qui protégeait la ville d'Antioche et fut confiée aux Templiers en 1156, correspondait bien à l'impression première que devait ressentir un agresseur en s'approchant pour l'investir. Sentinelles puissantes, occupées par les chevaliers du Temple ou par ceux de l'Hôpital dans les États francs fondés au Proche-Orient par les croisés, ces châteaux forts avaient le visage rude et austère des moines-soldats qui y tinrent garnison aux XIIe et XIIIe siècles. Après plus de sept cents ans, si elles existent encore, il n'en demeure que des silhouettes incomplètes, squelettiques, mais elles n'ont rien perdu de leur allure. Construites ou aménagées par des hommes de foi ayant fait le don total de leur personne et exilés à plus de trois mille kilomètres de leur terre natale, elles furent à la fois garnisons, refuges, instruments de défense et de pacification dans des régions périodiquement envahies au cours des siècles. Des monts de l'Arménie vers le nord jusqu'au désert du Negev vers le sud, les pays de l'Orient méditerranéen ont une très longue et très ancienne histoire. Les citadelles franques furent érigées en des points stratégiques connus pour la plupart dès l'Antiquité. A la base de certaines d'entre elles peuvent être décelés des vestiges phéniciens (3'000 ans av. J.-C.), d'autres sont implantées sur des ruines romaines ou byzantines datant des premiers siècles de notre ère, beaucoup utilisèrent des matériaux anciens pour être dressés à l'époque des croisades. Après le XlVe siècle, quelques-unes seront dotées d'ouvrages défensifs nouveaux portant la marque de l'islam.  
Défendus par
des moines-soldats
  Beaucoup plus tard la France s'efforcera de remettre en état partiellement le Krak des chevaliers, par exemple, comme témoin d'une époque historique au moment de l'occupation française de la Syrie. Leur naissance correspond à cette période médiévale des croisades où non seulement se dessine un mouvement religieux et militaire irrésistible pour la protection des Lieux saints menacés de destruction totale depuis l'occupation turque mais en même temps progresse sans cesse un extraordinaire afflux de pèlerins chrétiens venus de l'Occident vers cette Terre sainte. Ce mouvement exige que soit assuré l'accueil et la sécurité des fidèles exposés. Dès la prise de Jérusalem trois ordres de chevalerie vont être fondés : l'ordre du Saint-Sépulcre de Jérusalem, les Templiers et les Hospitaliers de Saint-Jean.  
    Templiers et Hospitaliers armeront bientôt des flottes pour assurer le transport des pèlerins sous leur protection ainsi que la communication entre les pays de chrétienté et les États francs. Les croisés de la première heure étant pour la plupart rentrés dans leur pays, trois cents chevaliers environ sont demeurés au Proche-Orient. Le calme sur place, l'épanouissement des domaines ruraux qui se fondent vont progressivement dépendre de l'existence des deux ordres dont l'effectif modeste au début ne cesse de croître car leur idéal correspond à l'élan de foi qui anime l'Europe.  
    Le roi de Jérusalem, le prince d'Antioche, les comtes d'Édesse, de Tripoli, le seigneur d'Oultre-Jourdain s'appuient sur ces moines-soldats contraints par les circonstances à demeurer des forces défensives pour assurer le rôle qui leur a été imparti. Ce sont eux qui tiendront les châteaux forts existant déjà on ceux dont l'édification va être nécessaire. Les Templiers, généralement engagés dans les plus durs combats, auront de lourdes pertes mais la création de commanderies dans toute l'Europe permet de combler les vides et de maintenir sur place des forces renouvelées. Au XIIe siècle l'ordre du Temple aura dans les États francs la responsabilité d'environ dix-huit forteresses. Les unes réparties sur les routes menant aux Lieux saints ou les surveillant du haut de la montagne à l'entrée de défilés dangereux, les autres situées en bordure de la Méditerranée, magnifiques garde-côtes pourvues souvent d'un port protégé et capables de résister aux attaques venant de la mer, particulièrement de l'Égypte. Ascalon au sud de la Palestine a longtemps conservé une garnison égyptienne.  
   

Arrivés devant Antioche, les croisés découvrent une forteresse imprenable…

 
Sur la route des
plus belles forteresses
  Entre ces positions principales qui s'entremêlent parfois avec celles des Hospitaliers, s'échelonnent de petites lignes légères de résistance ponctuées de fortins entre lesquels peuvent s'échanger des signaux optiques qui rendent possible une aide mutuelle au moindre appel "de ces hommes sans faiblesse, Templiers aux yeux bleus galopant si leurs chevaux noirs" (cette image saisissante est due au chroniqueur arabe du temps de Saladin). Il y aura vraiment quelque chose de surhumain dans la rapidité et le courage avec lesquels les points stratégiques vont être assurés grâce à un rassemblement de travailleurs les plus divers, comportant, autour des chevaliers, les servants, les pèlerins, des prisonniers, de la main-d'oeuvre locale. Cet ensemble, hétéroclite, sera dirigé, orchestré par des hommes capables mais… importés. Ils connaissent peu le pays, s'adaptent avec une rare intelligence. Au cours de l'édification ou de l'aménagement des forteresses se rencontrent deux tendances qui se feront de nombreux emprunts au fur et à mesure que la science des bâtisseurs progresse.  
    Partons maintenant à la découverte des vestiges de quelques-unes d'entre elles en descendant du nord des États francs vers le sud. Les plus belles, assurait Viollet-le-Duc, se trouvaient sur les territoires d'Antioche et de Tripoli. Baghras (Gaston pour les Francs) qui commandait la passe de Baylan, et Darbessac, toutes deux tenues au XIIIe siècle par les Templiers, dressent leurs ruines au nord d'Antioche en surplomb des routes menant à Homs et à Alep, villes de Syrie orientale encore à l'époque sous domination musulmane.  
   

Sur le littoral, les ports se fortifient…

 
    Sur le littoral du comté de Tripoli, Markab (Margat des Hospitaliers) dressait face à la Méditerranée "ses murailles imprenables" proches de la route d'Antioche à Tripoli. Il n'en demeure que quelques mines perdues au milieu de bâtiments modernes.  
    Au sud de Markab, Tortose devient vers 1183 une magnifique citadelle érigée sur des bases phéniciennes par les Templiers à partir de 1165. Sa double enceinte reproduisait la forme du château (un quart de cercle appuyé sur la mer). Protégée par des fossés emplis d'une eau salée toujours renouvelée, elle possédait un donjon de 34 mètres de côté, flanqué de deux tours carrées qui se reflétaient dans l'eau surplus de cinquante mètres. Ce donjon abritait une superbe église et les archives de l'ordre.  
Chastel-Blanc veille
sur deux vallées
  Précédée et commandée à l'ouest par l'îlot de Rouad, Tortose paraissait inexpugnable. Elle dut pourtant être abandonnée en 1191, reprise ensuite par Jacques de Molay. Grand Maître de l'ordre, puis reperdue, reprise encore elle sera le dernier point de résistance franque et Rouad ne se rendra qu'en 1303, bien après la chute de Saint-Jean-d' Acre.  
    A l'intérieur des terres, au sud de Tortose, entre le cours de l'Oronte et la Méditerranée, deux positions puissantes tenues l'une par le Temple, l'autre par l'Hôpital, sont voisines. Chastel-Blanc (Safita) et le géant Krak des Chevaliers surplombent les défilés menant de Horns à Tripoli et à Tortose. Précédé par quelques ouvrages avancés constituant un premier obstacle en cas d'assaut Chastel-Blanc, à 380 mètres d'altitude, veillait sur deux vallées et pouvait abriter une garnison de sept cents hommes. Sa double enceinte ovale enfermait un énorme donjon qui dominait logements, étables, citerne, magasins. Ces derniers étaient blottis entre les deux remparts. Une superbe église romane rectangulaire à trois travées dont l'abside était emboîtée dans le lourd massif de pierre entre deux petites sacristies occupait le rez-de-chaussée de ce donjon. Au premier étage une grande salle d'armes (26 mètres sur 16) constituait la traditionnelle pièce de réunion des chevaliers d'Occident. Dans l'angle sud-ouest, à l'intérieur des murs de cette tour centrale, un escalier avait été creusé si large qu'il permettait aux Templiers tout prêts de bondir "en grand tumulte" dès que l'alarme était donnée dans la travée ouest existait une énorme citerne. Le plan général de cet édifice, constate Camille Enlart, paraissait avoir quelque parenté avec l'église des Saintes-Maries-de-la-Mer et avec celle de Cruas en Ardèche.  
    Au sud-est de Chastel-Blanc, le Krak des chevaliers, majestueuse place de guerre des Hospitaliers, dominait la vallée de 300 mètres et pouvait accueillir deux mille combattants. Il dut être réaménagé à la suite d'un fort tremblement de terre en 1202 et ne sera abandonné qu'en 1271.  
    Si nous descendons maintenant jusqu'au royaume de Jérusalem, nous allons rencontrer Beaufort, cédée aux Templiers par les barons chrétiens en 1260 et qui aura une fin mouvementée. Ce grand château, repris par Baïbars en 1270, possédé à nouveau par le Temple, ne dresse plus aujourd'hui que ses hautes murailles extérieures dominant de 300 mètres la vallée du fleuve Litani qui trace sa courbe aux pieds de la géante falaise. Les mines sur l'à-pic se confondent avec la pente pierreuse et grise.  
    Poursuivant notre course vers le sud il nous faut mentionner le sort tragique du Chastellet, construit entre le lac Hula et le lac de Tibériade par les Templiers en un temps record (un an) près du gué de Jacob et de la route qui mène à Damas (1178-1179). Parmi les matériaux employés, le bois avait une grande place et de nombreux ouvrages prirent feu lors du siège entrepris par Saladin après la cruelle bataille de Hattin. La destruction d'une oeuvre si difficilement réalisée incitera le commandant des Templiers de la place à se jeter dans le brasier.  
Safed, belle vigie sur
la route d'Acre
  A la pointe nord-ouest du lac de Tibériade, Safed surgissait aux pieds de l'Hermon, à 850 mètres d'altitude, belle vigie sur la route d'Acre à Damas. Investie par Saladin comme le Chastellet, elle ne sera pas prise alors mais livrée aux musulmans par trahison en 1218. Son enceinte de 800 mètres, flanquée de sept tours, son donjon de 34 mètres de diamètre, étaient entourés par un grand fossé creusé dans le roc. Il n'en demeure rien. Un village a été construit sur son emplacement et pourtant elle a un temps régné sur une plaine féconde et permettait à dix mille paysans de cultiver en paix leurs petits domaines. Le grand port d'Acre, aujourd'hui Saint-Jean-d'Acre, l'un des points principaux de débarquement des pèlerins médiévaux, nous oblige à nous arrêter un instant. Les moines-soldats aideront à fortifier cette superbe ville. Prise par les croises en 1104, reprise par Saladin en 1187, reprise par Richard Cour de Lion en 1191. elle était d'une importance vitale pour le royaume de Jérusalem. Elle devint le siège du patriarcat de Jérusalem et celui du Grand Maître du Temple après 1187. Son palais sera le tombeau de cinq cents Templiers, décidés à résister jusqu'au dernier en 1291. Ils se feront sauter avec leur Grand Maître Guillaume de Beaujeu plutôt que de livrer la place aux musulmans - la modernisation de ses remparts date des XVIIIe et XIX siècles.  
    Aux Xle et Xlle siècles, les États latins d'Orient s'étendent de la Turquie jusqu'en Israël et Palestine, englobant le Liban, une partie de la Syrie et de la Jordanie. A l'époque, ces zones géographiques, s'appellent Amanus, Ansariye, Haute Mésopotamie et plateau transjordanien.  
   

Jérusalem dérive du mot paix en hébreu. Les musulmans la nomment la Sainte…

 
    Nous dirigeant vers la partie sud de la Palestine, sur le littoral, aux pieds du mont Carmel, que reste-t-il de Chastel-Pèlerin ? Quatre hectares de décombres. Ce château fort, qui portait aussi le nom arabe d'Athlitt, était édifié entre Haïfa et Césarée sur une presqu'île naturelle bien défendue par des rochers et flanquée de deux ports. Les Templiers transforment le site en place forte après avoir d'abord dressé à l'intérieur des terres, à la même latitude, une tour puissante face au défilé de Pierre-Encise taillé dans les monts de Galilée et qui représentait une trouée fort dangereuse.  
Sur les monts de
Gaulée : La Fève
  En 1218 les doubles murailles de Chastel-Pèlerin enferment deux églises une collégiale à collatéraux voûtés d'ogives et une rotonde à douze côtés tombée en 1837 à la suite d'un tremblement de terre. Certains détails architecturaux de ces sanctuaires rappellent le style de Notre-Dame de Paris et de la Sainte-Chapelle. C'est l'une des seules grandes réalisations des Templiers qui pourrait accréditer le dire suivant lequel ils auraient partout érigé des rotondes en souvenir de leur église-mère, le dôme du Rocher à Jérusalem. Il existera en effet quelques rotondes dans les commanderies de Paris, de Londres, de Tomar, mais en Orient la plupart des sanctuaires au cour des châteaux forts affectent la forme rectangulaire. Ce magnifique ensemble, très fiable, accueillit en 1250 la reine Marguerite de Provence qui va y mettre au monde Pierre, cinquième fils de Saint Louis. Démantelée en 1291, Athlitt verra son église transformée en mosquée et sera presque entièrement détruite sur l'ordre d'ibrahim, pacha d'Égypte, afin d'en extraire les matériaux en 1838.  
    Sur les monts de Galilée, à l'est de Chastel-Pèlerin, avait été établie "une base solide, en ferme point d'appui" : La Fève (Al Fula) qui surplombait la riche plaine d'Esdrelon. "De ses hauteurs, disent les écrivains arabes, les Templiers pouvaient répandre le torrent de leurs troupes […] ils y allumaient leur ardeur belliqueuse." Une image étonnante de vérité nous paraît en être restituée par la fresque de l'église de Cressac, en Charcute.  
    Si nous continuons notre voyage dans la direction des Terres d'Oultre-Jourdain et de la pointe nord de la mer Rouge, combien de noms encore devraient être cités !  
    D'abord sur la côte, la belle Césarée, dont les fortifications installées sur la mer à l'époque byzantine furent remises en état au moment du passage de Saint Louis à l'est, le château de Cacho-aux-Templiers puis, de nouveau sur le rivage, Joppé qui vit comme Saint-Jean-d' Acre débarquer de nombreux Occidentaux et était si bien défendue que la reine Marguerite y mit au monde sa fille Blanche.  
    De Joppé les pèlerins prenaient la route vers la cité sainte sous la protection des moines-soldats qui possédaient an cour du désert de Juda cette tour Rouge établie sur un tertre de marne ainsi que d'autres points forts sur le mont de la Quarantaine.  
    A Jéricho les Templiers étaient présents et surveillaient les voies dans la direction d'Amman vers l'est et de Jérusalem, bien sûr, vers l'ouest.  
Blanchegarde sur
la route d'Hébron
  Enfin, avant d'atteindre les déserts du sud, tout autour de la dangereuse Ascalon, étaient répartis des points de résistance : Blanchegarde qui dominait à 150 mètres d'altitude les routes menant à Hébron, à Jérusalem… Beith Gibelin et Gadres (Gaza).  
    A Jérusalem le sol est si chargé d'Histoire que les souvenirs accumulés se superposent dans une ville resserrée au sommet de sa montagne, à 750 mètres d'altitude réelle mais à 1200 mètres au-dessus du niveau de la mer Morte qu'il est possible d'apercevoir de très loin à l'extrémité de la vallée descendant au travers du désert de Juda vers le sud. Le terrain que foulent aujourd'hui nos pieds est à dix mètres environ au-dessus de celui de l'époque du Christ. Les remparts construits au XVI siècle par Soliman sont enracinés à près de quinze mètres de profondeur au cour des décombres. La vallée du Cédron qui les borde à l'ouest, couverte de tombes anciennes et nouvelles, s'est exhaussée.  
    L'esplanade du temple domine nord-sud cette vallée avec son impressionnant pinacle sud-est (47 mètres). Il fut, dit l'Évangile, un des lieux de la tentation du Seigneur et celui du martyre de saint Jacques le Mineur, premier évêque de Jérusalem (62 apr. J.-C.). Cette esplanade repose sur une longueur de 500 mètres au-dessus de blocs énormes entassés sous Hérode Agrippa pour l'agrandir et la consolider. La partie haute du mur des Lamentations qui en constitue la substructure ouest, à l'intérieur de la cité, porte la marque des travaux entrepris par les croisés au Xlle siècle, puis celle de ceux ordonnés par Soliman au XVIe siècle. En ce lieu s'élève la plus intense des prières juives car malgré les destructions successives du Temple, "la gloire de Dieu n'a jamais quitté ces lieux" - la destruction du Temple a toujours eu lieu en juillet-août, le souvenir en est évoqué par un jeûne et la méditation du Livre des lamentations de Jérémie.  
    La mosquée dite d'Omar est située sur l'emplacement du temple de Salomon (966-959 av. J.-C.) elle protège le roc du Moryah, traditionnellement considéré par tous les fils d'Abraham qu'ils soient juifs, chrétiens ou musulmans, comme l'endroit où le patriarche obéissant à l'ordre de Dieu leva le couteau sur son fils - les musulmans y situent l'ascension mystique de Mahomet emporté vers le Ciel par l'ange Gabriel.  
    Au sud, la mosquée al-Aqsa, première mosquée construite en bois à Jérusalem, sera remplacée en 705 par un édifice plus important, restauré à l'époque des croisades. Il devient le palais du roi Baudouin puis la résidence des Templiers dès 1128 avant de redevenir mosquée en 1187.  
Sainte-Sion, mère de
toutes les Églises
  Vers l'ouest, depuis l'esplanade, il est possible d'apercevoir, au cour de la ville, la coupole dorée de l'Anastasis qui protège encore les vestiges de la grotte funéraire à l'intérieur de laquelle reposera le corps du Seigneur jusqu'au matin de Pâques. Là s'était d'abord dressée la basilique de Constantin (336), dont les pierres aujourd'hui sont mêlées à celles de l'église des croisés du XIle siècle. Au sud-ouest de la cité, le Cénacle "petite église de Dieu" nous signale le point précis où se réunira la première communauté chrétienne et évoque la présence autrefois de cette basilique de Sainte-Sion construite par les croisés et nommée par eux "Mère de toutes les Eglises". Sur la colline de Jérusalem, au-delà de l'esplanade, l'église Sainte-Anne, oeuvre des croisés sur les fondations d'un sanctuaire plus ancien, recouvre le sol de la maison de Zacharie et d'Anne, parents de la Vierge Marie. Elle jouxte les ruines de la piscine de Bethesda qui vit au temps de Jésus se lever le paralytique guéri.  
    Si maintenant nous tournons nos regards vers l'est au-delà de la vallée de Cédron sur ce mont des Oliviers qui forme le fond du tableau, nous distinguons parmi plusieurs autres églises celle que Barluzzi construisit au XXe siècle et qui précise, dans une oliveraie, l'emplacement du roc, respecté depuis toujours et près duquel le Christ aurait souffert son agonie avant l'arrestation.  
    La vieille ville de Jérusalem s'échelonne entre 635 et 790 mètres d'altitude. Fondée par les Cananéens, son nom apparaît pour la première fois dans des textes égyptiens du XlXe siècle avant notre ère. Tombée aux mains des musulmans en 638, elle fut la capitale des croisés de 1099 à 1187 et de 1229 à 1244.  
    Un peu plus haut nous rencontrons la ronde coupole du sanctuaire de l'Ascension, dont les fondations remontent à 363 apr. J.-C. Elle fut restaurée par les croisés et devint ensuite mosquée. Elle incite les chrétiens à vénérer le lieu où Jésus dira adieu à ses apôtres avant de quitter la terre. Tout près, en 325, sainte Hélène fera construire l'Eleona (oliveraie) au-dessus de la grotte où les apôtres auraient appris le Pater Noster. Les fondations en furent exhumées en 1910 par le père Vincent. Ceci autorisa la reconstruction d'une nouvelle église.  
    Dans la Palestine entière, la plupart des lieux offerts à la piété des fidèles depuis les temps bibliques puis l'avènement du christianisme ont été signalés par une tradition appuyée par la découverte des ruines de sanctuaires anciens détruits plus ou moins complètement au cours des invasions successives ou de catastrophes naturelles. Dès le premier siècle de l'ère chrétienne, l'affluence des pèlerins n'a cessé de croître pour "mettre leurs pas dans les pas du Christ", pour "connaître le pays où la vérité fut prêchée et les prophéties réalisées".  
    Parmi eux le pèlerin de Bordeaux qui a vu en 333 la basilique de Constantin naissante, et une femme. Ethérie, qui parcourt en 395 toute la Terre sainte. Ses descriptions ont permis d'exhumer sur les bords du lac de Tibériade, à Tabgha, les ruines d'un sanctuaire situant la multiplication des pains. Partout les souvenirs d'ordre spirituel, chargés d'espérance, ont triomphé des destructions. Jérusalem, cour du pays, symbole sacré pour les croyants, est, comme le disait Raymond Lulle au XIIe siècle, un microcosme nous donnant une image de l'humanité entière avec ses élans, ses souffrances, ses aspirations vers la rencontre du Dieu unique adoré par tous les fils d'Abraham.  
Le Saint-Sépulcre et
la croix du Christ
  Le Saint-Sépulcre de Jérusalem a été élevé sur ordre de l'empereur Constantin entre 326 et 335, au Golgotha, au-dessus du tombeau du Christ. Au Xlle siècle, les croisés y bâtissent une église romane.  
    Après la Passion, le corps du Christ avait été déposé dans une grotte funéraire déjà creusée au bord de la falaise surplombant le jardin de Joseph d'Arimathie, tout proche de la petite colline du Calvaire (5 mètres de haut) et située hors des murailles ouest de la ville à l'époque. Cette région sera en 41-44 englobée à l'intérieur de la cité lors des agrandissements réalisés sous Hérode Agrippa. Après les deux révoltes juives de 70 et de 135, l'empereur Adrien veut faire de Jérusalem une ville romaine. Elle devient Aelia Capitolin. La grotte sacrée pour les chrétiens et le Calvaire seront volontairement enfouis sous un amas de matériaux servant de base pour l'établissement d'un forum sur lequel vont se dresser statues païennes et temple. La communauté chrétienne de Jérusalem saura garder, assure le père Vincent, un souvenir précis de l'emplacement des lieux désormais souterrains et inaccessibles mais par le fait même protégés.  
Dans le sanctuaire,
la grotte sainte
  En 313 Constantin proclame la liberté religieuse et ordonne de faire des fouilles en cet endroit. Sépulcre et rocher de la Passion sont mis au jour. Dans une citerne adjacente, en présence de sainte Hélène, mère de l'empereur, trois croix seront retrouvées et celle du Seigneur authentifiée par un miracle. Une superbe église va alors être construite et terminée en 336. Elle comporte à l'ouest le sanctuaire arrondi de la Résurrection (Anastasis) au centre duquel est abrité le bloc rocheux contenant la grotte sainte. A l'est de ce premier édifice, un jardin est créé dans le sud-est duquel se dresse le monticule du Calvaire. Une grande croix portant des reliques de la croix du Sauveur le surmonte. Ensuite vient un sanctuaire à cinq nefs : le Martyrium, qui s'allonge dans la direction de l'est et s'ouvre "à l'Orient sur la place du marché", il recouvre la grotte souterraine où avait été trouvée la croix. De ce monument de 132 mètres de long et qui sera détruit partiellement par l'invasion perse en 614, respecté par le calife Omar en 638, réparé et de nouveau ruiné en 1009 par les Turcs, il demeure en 1048 trois petits édifices distincts que Byzance a reconstruits pour protéger le Saint-Sépulcre, en partie détruit, le Calvaire et la grotte souterraine dite alors "de Sainte-Hélène". Les croisés édifient une église romane de 75 mètres de long qui englobe les vestiges des monuments précédents (1130-1149). Elle comporte : l'Anastasis, dont une partie des murs et des colonnes datent de Constantin et au centre de laquelle se dresse sous un édicule de protection ce qui reste du Sépulcre lui-même, puis vers l'est une église. Le transept de celle-ci occupe une partie du jardin de l'époque constantinienne, le choeur s'élève sur une partie de l'ancien Martyrium. Au fond de ce choeur qui s'ouvre vers le sud par deux portails, des marches permettent de descendre à l'église souterraine Sainte-Hélène et à la grotte où furent découvertes les croix. Une chapelle, édifiée autour du rocher du Calvaire, est accolée à la façade sud et peut être atteinte par un escalier.  
    Enfin, au sud-ouest, s'élève le clocher de cinquante mètres de haut, carré. Cette humble tour, beaucoup moins majestueuse que le donjon des grandes forteresses, est un véritable clocher de chez nous. Solide, trapu, debout malgré tant de catastrophes naturelles et d'agressions, il évoque dans sa simplicité tranquille la foi des paysans de France qui l'ont élevé. Il parle de la dureté de leur exil en terre étrangère, des souffrances supportées bien plus que des heures de victoire ou de gloire, il nous reporte à des temps lointains difficiles à comprendre aujourd'hui.  
   

 

   

 

   
 
   

Docteur en histoire, Marie-Blanche d'Arneville a écrit plusieurs ouvrages et biographies. Conférencière, elle a effectué de nombreux voyages en Terre.

 
       
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