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    Les chefs légendaires du djihad  
    Georges Tate - Historia - 2004-10-25      
    Pour contrer les croisés, deux personnages emblématiques, Nur al-Dîn et Saladin, - dont l'un donne naissance à une dynastie réussissent à rassembler les musulmans au nom du djihad.  
Nur al-Dîn   1118-1174
Fils et successeur de Zengi, Nûr al-Dîn fait de la lutte contre les Francs un objectif majeur. Sa politique est l'expression d'une idéologie : un djihad rénové, qui oblige à la reconquête des territoires perdus et surtout de Jérusalem, ville sainte de l'islam. Il établit une administration efficace grâce à des liaisons rapides, installe dans chaque citadelle un gouverneur. Il rénove le système fiscal et mobilise ainsi des richesses qui lui permettent d'entretenir une armée. Il unifie la Syrie en prenant Damas en 1154.
 
    A partir de 1164, l'enjeu principal de la guerre est l'Égypte où le gouvernement fatimide est en pleine décadence. Nûr al-Dîn s'en empare par l'entremise de son lieutenant Shirkouh et de son neveu Salah al-Dîn (Saladin). Celui-ci succède à son oncle en 1171 et abolit le califat fatimide. Il manifeste d'emblée des velléités de dissidence. Nûr al-Dîn meurt en mai 1174 sans avoir pu rétablir son contrôle direct sur l'Égypte.  
Saladin   1138-1193
Saladin reprend la politique de Nûr al-Dîn : guerre aux Francs au nom du djihad. En 1183, il est à la tête du plus grand empire que le Proche-Orient ait connu depuis la fin du XP siècle. Il soumet les Francs à une guerre sur tous les fronts. Ceux-ci refusent de se laisser entraîner dans une bataille. Ils assistent au pillage de leurs biens mais surveillent ses mouvements. Jusqu'en 1185, ses initiatives n'aboutissent à aucun succès décisif. Les moyens diplomatiques et militaires dont il dispose sont considérables. Il est à même de mobiliser 40'000 cavaliers (1000 pour les Francs) auxquels s'ajoutent les fantassins, le matériel de siège et le feu grégeois. Cette puissance comporte cependant une faiblesse l'armée est un conglomérat; rassemblée à la belle saison, elle se disperse à la fin de la campagne. Le succès de l'ordre de mobilisation dépend donc de son prestige et de la volonté des émirs.
 
    En 1185, Saladin éprouve l'urgence de remporter une grande victoire, faute de quoi sa prédominance finirait par être contestée et menacée. La rupture de la trêve par Renaud de Châtillon, seigneur de Transjordanie en 1187, rallume la guerre. Saladin mobilise toutes ses forces et soumet les Francs à une guerre permanente, sur tous les fronts. En assiégeant Tibériade, il réussit à attirer l'armée franque au grand complet sur un plateau basaltique torride, sans ravitaillement en eau, et réussit à l'anéantir. Le roi de Jérusalem et ses hommes sont capturés. Jérusalem et toutes les villes du royaume sont prises. Seules restent aux Francs Tyr, Tripoli et Antioche.  
    Saladin ne peut empêcher la formation de la troisième croisade et il est incapable de renouveler son effort de mobilisation de 1187. Il n'en demeure pas moins vainqueur. La trêve de 1192 consacre une victoire : les Francs ne conservent qu'une étroite frange littorale. Ils doivent définitivement renoncer à reprendre la ville sainte de Jérusalem par les armes.  
Les Ayyuwdes   Par Ayyubides on désigne Saladin et ses successeurs. Cette dynastie tient son nom du père de Saladin, Ayyub Ibn Shadhi, qui est entré au service de Zengi en 1138. A la mort de Saladin, ses États sont divisés entre ses frères et son fils al-Adil. Celui-ci exerce une prééminence morale que conserve son fils al-Kamil (1218-1238). Cette autorité permet d'éviter de grands déchirements et suffit à assurer l'unité des musulmans dans le danger, mais elle ne peut empêcher un affaiblissement durable de la puissance de l'islam. Tout en l'emportant toujours dans les confrontations contre les croisés, les Ayyubides n'osent réduire ce qui subsiste de la puissance franque par crainte de susciter une nouvelle croisade.  
Les Mamelouks   Ces esclaves turcs d'Asie centrale sont recrutés par les Ayyubides d'Égypte pour former des corps d'armée. Ils ont un rôle décisif dans la défaite de Saint Louis à Mansura. Ils prennent le pouvoir et établissent au Caire un régime militaire. Après avoir arrêté les Mongols à Am Jalout en 1260. le sultan Baïbars (1260-1277) conquiert la Syrie ayyubide, s'empare de places franques et prend pied à Antioche. Le sultan Kalawun (1279-1290) arrête à nouveau les Mongols à Homs en 1281. Il reprend la lutte contre les Francs qui ne constituent pas une réelle menace en eux-mêmes mais dans la mesure où ils peuvent procurer une base à une nouvelle croisade. Son fils al-Ashraf Khalil prend Acre le 18 mai 1291 et les dernière places côtières franques.  
   

Le djihad

 
   

Le mot arabe djihad désigne l'effort que tout musulman se doit d'accomplir pour que la loi divine règne sur terre. Le djihad est "l'une des portes du paradis" mais ne fait pas partie des "cinq pilliers de islam".
L'islam distingue le djihad majeur et le djihad mineur. Le premier, le plus important, est celui des âmes. Seul le second peut donner lieu à la guerre mais il n'est pas une fin en soi car la guerre est, par nature, un mal; elle ne devient légitime qu'en fonction d'un but à atteindre qui est plus grand puisqu'il s'agit d'élargir le domaine de l'islam et de combattre un mal encore pis.
Le djihad interdit toutefois la conversion par la force et ne remet pas en cause les droits des gens du Livre, qu'ils soient chrétiens ou juifs. Le djihad se différencie de l'idée de guerre sainte par le fait qu'il ne constitue pas un impératif catégorique et ne se fonde pas sur I'existence de deux catégories tranchées, ceux qui ont la foi légitime et les autres. Au début du XlIe siècle, l'dée du djihad s'était depuis longtemps assoupie. Elle resurgit de la nécessité de détendre la communauté des croyants. Le djihad constitue un moyen idéologique pour rassembler, sous I'autorité de Nûr al-Dîn puis de Saladin, les éléments dispersés de l'islam afin de combattre les Francs. Au XIIIe siècle, après la mort de Saladin, la volonté de défendre ou d'agrandir les Etats tend à prendre le pas sur l'idée de djihad. De nos jours, le djihad a pris un aspect militaire de défense ou de l'expansion de l'islam.

 
   

 

 
   
   
 
   

Georges Tate, professeur d'histoire ancienne à l'université de Franche-Comté.

 
       
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